Traditions

Mamans, tantes, sœurs : ce que font vraiment les femmes de la famille le jour de la dot

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On voit les orateurs, on entend les hommes négocier. Mais sans les femmes des deux familles, il n'y a ni accueil, ni mariée prête, ni repas, ni chants. Tour d'horizon d'un rôle immense et souvent mal raconté.

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Sommaire · 8 parties

Sur les photos d'une dot, on retient souvent deux hommes debout, micro ou canne en main : les orateurs. On en conclut que le mariage coutumier est une affaire d'hommes. C'est une illusion d'optique. Dans la plupart des familles gabonaises, ce sont les femmes qui préparent la mariée, tiennent la maison qui reçoit, nourrissent tout le monde, mettent l'ambiance, et, à certains moments précis, prennent la parole pour réclamer leur part de reconnaissance. Voici ce rôle, moment par moment. Les noms et les gestes changent selon les peuples : vérifiez toujours auprès des aînées de votre famille.

Avant le jour J : celles qui préparent

Le travail commence des semaines avant la cérémonie. Ce sont souvent la mère et les tantes de la fiancée qui font le lien avec les orateurs, rappellent qui doit recevoir quoi, et veillent à ce que personne ne soit oublié dans la répartition des pagnes et des enveloppes. Elles savent qui s'est fâché lors du dernier mariage, quelle cousine attend d'être consultée, quel oncle ne doit pas apprendre une décision par un tiers.

Côté marié, les femmes jouent un rôle tout aussi concret : la mère et les tantes du prétendant aident à composer la malle de la mariée, à choisir les pagnes, à vérifier la liste. Chez les Vili, par exemple, la mère du prétendant fait partie de ceux qui se présentent dès la première visite à la famille de la jeune femme, avec le père et l'oncle maternel. La dot se prépare à deux familles, et à deux groupes de femmes.

Le matin : la maison qui reçoit

Le jour de la dot, la famille de la fiancée accueille. Cela veut dire des dizaines, parfois des centaines de personnes à asseoir, à abriter, à nourrir. Ce sont très souvent les femmes qui organisent la cuisine, répartissent les tâches entre cousines et voisines, et surveillent que les plats sortent au bon moment. Un traiteur peut alléger la charge, mais dans beaucoup de familles une partie du repas reste préparée à la maison, parce que certains plats doivent venir des mains de la famille.

C'est aussi l'heure où l'on prépare la fiancée. Coiffure, maquillage, tenue : ses sœurs et ses cousines l'entourent, la rassurent, la cachent. Car la mariée ne doit pas être vue trop tôt. Son apparition est l'un des sommets de la journée, et ce sont les femmes qui en ont la garde.

Les barrages : quand les femmes réclament leur dû

Dans plusieurs traditions, et tout particulièrement chez les Fang, le cortège du prétendant se heurte à une série de barrages tenus par les femmes de la famille de la mariée. Les tantes paternelles rappellent ce qu'elles ont fait pour sa scolarité, les sœurs les soins et la complicité, les mamans tout le reste. Chaque groupe réclame d'être reconnu avant de laisser passer. Nous avons consacré un article entier à ces barrages et à la manière de les franchir avec élégance.

Ce qu'il faut retenir ici, c'est le sens du geste. Les barrages disent publiquement que la mariée n'a pas été élevée par son seul père. Une femme, dans la coutume, est le fruit de tout un réseau de mères, de tantes et de sœurs, et le prétendant doit le reconnaître avant de pouvoir parler mariage.

L'apparition de la fiancée

Dans de nombreuses familles, ce sont les tantes qui orchestrent le moment où la fiancée est présentée. Chez les Punu, la tradition veut que la fiancée soit identifiée parmi plusieurs jeunes filles voilées, et une erreur coûte une amende au camp du prétendant. Ailleurs, on fait sortir une première femme, puis une autre, avant la vraie. Les femmes de la famille savent faire durer le suspense, provoquer les rires, et choisir l'instant où l'émotion doit l'emporter.

Quand la mariée sort enfin, ce sont souvent les femmes qui l'accompagnent en chantant ou en dansant. Chez les Akélé, la sortie de la mariée se danse aujourd'hui sur le mabouya, et l'on prévoit des enveloppes pour les danseuses et les tantes du cortège. Chez les Fang, la mariée sort sur un chemin de feuilles de bananier, et les cris de joie qui saluent son consentement, l'oyenga, montent de l'assistance.

La mère de la mariée : une place à part

La mère tient une place singulière, et souvent émouvante. Plusieurs traditions marquent explicitement le lien qui se transforme entre elle et sa fille. Chez les Téké et les Obamba, la veille du mariage, lors de ce que l'on appelle la dot de la nuit, le marié remet une pièce de monnaie à sa fiancée, qui la présente à sa mère : c'est la rupture du cordon, dite avec pudeur.

La mère reçoit aussi ses propres effets. Chez les Punu, son lot comprend des objets chargés de sens : une nasse pour l'abondance, une natte pour la quiétude, une marmite en terre cuite pour le foyer. Dans la plupart des listes, la tenue complète de la mère fait partie des incontournables. L'oublier n'est pas une maladresse, c'est un affront.

Les femmes du côté du marié

On parle moins des femmes de la famille du prétendant, et c'est injuste. Ce sont elles qui portent une partie des présents, qui chantent pendant l'arrivée du cortège, qui répondent aux barrages avec humour quand l'orateur a besoin de renfort. Leur tenue dit l'honneur de leur camp. Et ce sont elles, souvent, qui accueilleront la jeune épouse dans les mois suivants.

Car la cérémonie ne s'arrête pas à la dot. Chez les Fang, lors du yala, l'épouse est accompagnée chez son mari, et la mère de la mariée prépare des mets nuptiaux, l'un à base de concombre, l'autre d'arachide ; leur dégustation honore la belle-mère d'un versement symbolique. Ce sont des gestes de femmes qui scellent, autant que l'enveloppe, l'entrée de la jeune épouse dans sa nouvelle famille.

Chants et danses : la voix des femmes

Dans de nombreuses régions, les chœurs de femmes donnent son âme à la journée. Ils accompagnent l'entrée du cortège, la sortie de la mariée, la bénédiction finale. Une notice d'archive sonore enregistrée au Gabon dans les années 1960 décrit par exemple le mengane comme un chant et une danse liés à une initiation de mariage et à un rite destiné aux belles-filles. Ces répertoires varient beaucoup d'un peuple à l'autre, et beaucoup ne sont connus que des anciennes. C'est une raison de plus de les solliciter.

Comment honorer ce rôle, concrètement

Si vous préparez votre dot, quelques gestes simples permettent de reconnaître le travail des femmes des deux familles :

  • Prévoyez des pagnes et des enveloppes pour les tantes et les sœurs, en plus de celles des parents, et faites valider la liste par une aînée.
  • Désignez une personne qui s'occupe de nourrir celles qui cuisinent : elles passent souvent la journée sans s'asseoir.
  • Demandez à une tante de confiance de coordonner la préparation de la mariée et le moment de sa sortie, en lien avec l'orateur.
  • Le lendemain, faites un tour de remerciements spécifique pour les femmes qui ont tenu la cuisine et l'accueil.

Une dot réussie, ce n'est pas seulement une parole bien menée. C'est une maison qui a su recevoir, une mariée sortie au bon moment, des chants au bon endroit. Tout cela porte, le plus souvent, une signature féminine.

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