Traditions

Des enfants avant la dot : quelle place leur fait la coutume ?

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De nombreux couples font la dot alors qu'ils ont déjà des enfants. Ce que la coutume prévoit pour eux, pourquoi certaines familles parlent de « rachat » et ce que cela change, ou pas, sur le plan légal.

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Sommaire · 6 parties

Il fut un temps où l'on faisait la dot avant de vivre ensemble. Aujourd'hui, c'est loin d'être la règle. Beaucoup de couples gabonais vivent ensemble depuis plusieurs années quand ils célèbrent enfin leur mariage coutumier, souvent parce qu'il a fallu du temps pour réunir la dot. Et beaucoup ont déjà un, deux ou trois enfants. Une question se pose alors, parfois avec inquiétude : quelle est la place de ces enfants aux yeux de la coutume ?

Comme toujours, les pratiques varient selon les ethnies et les familles. Ce qui suit donne des repères généraux ; pour votre situation, interrogez les aînés des deux familles.

Pourquoi la question se pose

Dans la logique coutumière, la dot ne scelle pas seulement l'union de deux personnes. Elle règle aussi le rattachement des enfants à un lignage. Tant que la dot n'a pas été faite, l'alliance entre les deux familles n'est pas formellement nouée, et la place des enfants peut rester en suspens aux yeux de certains aînés.

Dans une logique patrilinéaire, on considère souvent que des enfants nés sans dot relèvent du lignage de leur mère tant que la situation n'a pas été régularisée. Dans une logique matrilinéaire, les enfants appartiennent de toute façon au lignage maternel ; la question porte alors davantage sur la reconnaissance des droits du père et de sa famille.

Le « rachat » des enfants : de quoi parle-t-on ?

Beaucoup de familles prévoient, lors de la dot, des étapes spécifiques pour les enfants déjà nés. On parle souvent de « rachat des noms » ou de reconnaissance du droit de paternité. Certaines traditions leur donnent des noms précis, comme l'Ikola s'ana ou l'Idanduna s'awana cités dans notre glossaire, et les montants ou les boissons demandés peuvent différer selon que l'enfant est une fille ou un garçon.

Le mot « rachat » choque parfois, surtout chez les jeunes parents. Il faut le comprendre dans la logique de la coutume : il ne s'agit pas d'acheter un enfant, mais de reconnaître publiquement qu'il appartient désormais à l'alliance entre les deux familles, et que son père et le lignage paternel ont des droits et des devoirs envers lui. C'est un geste d'intégration, qui donne à l'enfant une place reconnue des deux côtés.

Comme pour la dot elle-même, ces étapes se négocient par la parole, entre orateurs. Et comme pour la dot, elles peuvent être l'objet d'excès, contre lesquels il est légitime de discuter.

Ce qui ne dépend pas de la dot : la filiation légale

Un point essentiel, souvent mal compris : sur le plan juridique, la dot ne change rien à la filiation de vos enfants. Le mariage coutumier n'a pas de valeur légale au Gabon, et les étapes coutumières de reconnaissance non plus.

La filiation légale relève de l'état civil. Un père qui n'est pas marié civilement avec la mère doit en principe reconnaître son enfant auprès de l'état civil pour que le lien de filiation soit établi juridiquement. Les règles exactes, les délais et les pièces à fournir se vérifient auprès de la mairie, de l'ambassade ou du consulat si l'enfant est né à l'étranger. En cas de doute, un juriste vous renseignera.

Autrement dit : la dot fait de vos enfants des membres reconnus des deux familles aux yeux de la coutume ; l'état civil fait d'eux vos enfants aux yeux de la loi. Les deux démarches sont complémentaires, et aucune ne remplace l'autre.

Comment l'aborder avec les familles

Préparer une dot avec des enfants déjà nés demande un peu plus de diplomatie. Quelques conseils :

  • Annoncez la situation clairement dès les premières démarches. Les familles le savent souvent déjà, mais il vaut mieux que la question des enfants soit posée officiellement, par les aînés, plutôt que découverte le jour de la cérémonie.
  • Demandez quelles étapes sont prévues pour les enfants dans la famille de la mariée, et ce qu'elles impliquent.
  • Faites expliquer le sens des gestes demandés, surtout si le vocabulaire du « rachat » vous met mal à l'aise. Le comprendre aide à le vivre sereinement.
  • Prévoyez ces étapes dans votre budget. Elles s'ajoutent à la dot elle-même et sont souvent oubliées dans les premières estimations.
  • Associez les enfants à la fête, à la mesure de leur âge. Pour eux aussi, c'est un moment fondateur.

Et les enfants d'une précédente union ?

La situation se complique quand l'un des conjoints a des enfants d'une union antérieure. La coutume ne traite pas ces enfants de la même manière que ceux du couple : ils appartiennent déjà à un lignage, parfois à une autre famille avec laquelle une alliance a été nouée, ou non.

Il n'y a pas de règle générale. Le plus important est d'en parler franchement avec les aînés des familles concernées, pour savoir quelle place ces enfants auront et comment éviter qu'ils se sentent mis à l'écart. Sur le plan légal, leur situation dépend de leur filiation établie à l'état civil, et le cas échéant des décisions de justice qui les concernent.

Régulariser, sans culpabiliser

Faire la dot après la naissance de ses enfants n'a rien de honteux. C'est la réalité de très nombreux couples, et la coutume a prévu des étapes pour cela, ce qui montre bien qu'elle a toujours connu ces situations.

Ce qui compte, c'est que vos enfants aient une place claire : dans les deux familles, grâce à la dot ; devant la loi, grâce à l'état civil et, si vous le choisissez, au mariage civil. Le jour de la dot, quand on prononcera leurs noms devant l'assemblée, ce sera aussi leur fête.

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