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Transmettre la coutume à ses enfants : ce que les jeunes couples peuvent faire dès maintenant

· 5 min de lecture

Moins de locuteurs des langues, des orateurs plus rares, des familles dispersées entre Libreville et l'étranger : la coutume se transmet moins bien qu'avant. Des gestes simples pour que vos enfants sachent, un jour, d'où ils viennent.

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Sommaire · 12 parties

Le jour de votre dot, vous avez sans doute été frappés par une chose : ce sont les aînés qui savaient. Ils connaissaient l'ordre des étapes, les généalogies, les proverbes, le sens de chaque objet. Beaucoup de jeunes mariés en ressortent avec une question : qui saura, quand ce sera le tour de nos enfants ? La question est légitime. La transmission de la coutume est aujourd'hui fragilisée, et elle ne se fera pas toute seule. Voici pourquoi, et ce que vous pouvez faire dès maintenant.

Une transmission qui s'essouffle

La coutume, au Gabon, s'est toujours transmise de génération en génération, par l'exemple et par la parole. Une chercheuse interrogée par le quotidien L'Union le rappelait : on apprenait en regardant, en écoutant, en participant. Autrefois, les époux venaient souvent du même village ou de la même contrée et partageaient une langue, ce qui facilitait l'intégration des enfants dans la culture commune.

Ce modèle a changé. Les couples se forment en ville, entre peuples différents, parfois entre continents. Les enfants grandissent loin des villages, parlent français à la maison, et n'assistent qu'occasionnellement aux cérémonies. Des responsables d'associations culturelles cités dans la presse gabonaise constatent qu'il devient de plus en plus rare de rencontrer des personnes capables de s'exprimer correctement dans leur langue, et que la connaissance des mariages coutumiers tend à devenir l'affaire de quelques spécialistes.

Le constat vaut aussi pour la parole. Dans un reportage de 2024 sur l'art oratoire, un homme du sud du Gabon regrettait que certains orateurs perdent leurs moyens, parce que les familles s'attachent moins qu'avant aux valeurs ancestrales.

Des communautés qui se mobilisent

La bonne nouvelle, c'est que beaucoup de communautés en ont pris conscience. En août 2024, la communauté mitsogho a organisé à Libreville une conférence sur la filiation des tribus et le mariage coutumier, avec l'objectif explicite de transmettre ces repères aux jeunes générations. Des associations culturelles proposent des cours d'histoire et de langue à leurs membres, et certains groupes utilisent les réseaux sociaux pour faire vivre des langues que l'on disait menacées.

Ces initiatives montrent la voie. Mais elles ne remplacent pas ce qui se passe dans les familles.

Ce que vous pouvez faire à la maison

La transmission commence par des gestes simples, à la portée de tous les couples.

Parler de votre propre mariage

Vos enfants voudront un jour savoir comment vous vous êtes mariés. Gardez les photos, les vidéos, la liste de dot, les noms des orateurs. Racontez-leur la journée : qui a parlé, ce que signifiaient les objets, les moments drôles, les moments émouvants. Un album commenté vaut tous les manuels.

Transmettre la généalogie

Dans presque toutes les traditions gabonaises, la généalogie est au cœur du mariage. Chez les Mitsogho, on récite les tribus et les lignages pour vérifier qu'aucun lien de parenté n'interdit l'union ; chez les Vili, chaque famille présente sa généalogie lors de la deuxième visite ; chez les Punu, les généalogies sont récitées pendant la cérémonie. Un enfant qui ne connaît pas son clan, ni celui de sa mère, sera démuni le jour de son propre mariage.

Dessinez l'arbre de la famille avec vos parents tant qu'ils sont là. Notez les noms des clans, des villages, des oncles maternels. C'est un trésor que l'on regrette toujours de ne pas avoir constitué plus tôt.

Faire vivre la langue

Même si vous ne la parlez pas couramment, une langue se transmet par fragments : les salutations, les proverbes, les chansons, les noms des objets du quotidien. Encouragez les grands-parents à parler leur langue aux enfants. Profitez des séjours au village. Chaque mot transmis est un fil de plus vers la culture familiale.

Emmener les enfants aux cérémonies

Le meilleur apprentissage reste la participation. Emmenez vos enfants aux dots, aux deuils, aux grandes réunions de famille. Expliquez-leur ce qui se passe, à voix basse, pendant que les orateurs parlent. Laissez-les porter un casier, servir les aînés, danser avec les cousins. C'est ainsi que les générations précédentes ont appris.

Recueillir la parole des aînés

Les aînés sont des bibliothèques. Avec leur accord, enregistrez leurs récits : comment se passaient les mariages de leur jeunesse, ce que signifiaient tel objet ou tel rite, quels proverbes on utilisait. Certains seront ravis de transmettre ; d'autres préféreront garder pour eux ce qui relève du secret. Respectez ces limites : toute connaissance n'a pas vocation à être enregistrée.

Former de nouveaux orateurs

Si la parole s'essouffle, c'est aussi parce que les jeunes ne se forment plus à l'art oratoire. Si un neveu, un fils, une fille montre du goût pour la parole, encouragez-le à accompagner un orateur expérimenté lors des cérémonies. C'est un apprentissage long, fait d'écoute et de pratique, mais c'est ainsi que la coutume garde des voix.

Garder une trace écrite

Beaucoup de familles s'appuient encore sur la mémoire d'un ou deux aînés. Le jour où ils ne sont plus là, une partie du savoir disparaît. Constituez un petit dossier familial : la liste de votre dot et celles des mariages précédents si vous pouvez les retrouver, les noms des étapes dans votre langue, les objets attendus et leur sens, les noms des orateurs qui ont servi la famille. Ce dossier ne remplacera jamais la parole des anciens, mais il permettra à vos enfants de savoir quelles questions poser, et à qui.

Accepter que la coutume évolue

Transmettre ne veut pas dire figer. La coutume a toujours évolué : les objets de la dot ont changé, les montants aussi, les cérémonies se sont ouvertes au public. Ce qui doit se transmettre, ce n'est pas une liste immuable, c'est un sens : le respect des aînés, la valeur de la parole donnée, l'idée que le mariage unit deux familles et non deux individus.

Vos enfants vivront peut-être loin du Gabon, épouseront peut-être quelqu'un d'une autre culture. Ils adapteront la coutume à leur vie, comme vous l'avez fait. L'essentiel est qu'ils sachent ce qu'ils adaptent.

Un héritage qui se prépare

La transmission ne se décrète pas la veille du mariage de vos enfants. Elle se construit au fil des années, par des histoires racontées à table, des cérémonies partagées, des mots de la langue glissés dans le quotidien. En vous mariant à la coutume, vous avez reçu un héritage. Le transmettre est peut-être la plus belle manière d'honorer ceux qui vous l'ont confié.

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