Le jour J

Le repas du mariage coutumier : ce que l'on sert, et ce que cela veut dire

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Une chèvre partagée, du vin de palme pour bénir, des vivres en quantité dans la dot, des mets préparés par la mère de la mariée : au Gabon, la nourriture du mariage parle. Repères par tradition et conseils pour organiser le repas.

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Sommaire · 8 parties

Dans un mariage coutumier gabonais, on ne mange pas seulement parce que la journée est longue. La nourriture fait partie de la cérémonie. Elle figure dans la dot, elle sert à bénir, elle scelle l'entrée de la mariée dans sa nouvelle famille, et le repas partagé à la fin de la journée est la preuve visible que deux familles n'en font plus qu'une. Voici ce que l'on sert, d'où cela vient, et comment l'organiser sans y laisser sa santé ni son budget. Les usages varient beaucoup : prenez ces repères comme des pistes à valider avec vos aînés.

La nourriture dans la dot

Avant même le repas, la nourriture est présente dans la dot elle-même. Presque toutes les listes comportent des vivres, en quantités parfois impressionnantes. Notre fiche consacrée aux Fang mentionne par exemple des sacs de riz parfumé, des poissons frais et salés, des cartons de viande, du poulet, du dindon, des condiments, du sel, sans oublier le bœuf entier, vivant. Chez les Nzébi, où tout va par deux, on compte des sacs de riz, des bidons d'huile, des dames-jeannes de vin rouge et des cartons de poissons salés.

Ces vivres ne sont pas un simple ravitaillement. Ils disent la capacité du gendre à nourrir l'alliance. Ils servent aussi, très concrètement, à nourrir les familles et les invités, le jour même ou dans les jours qui suivent.

La chèvre : manger ensemble

La chèvre, ou le bouc, figure dans un grand nombre de dots. Sa valeur marchande compte moins que le geste : c'est un animal vivant que l'on remet à la belle-famille, et que l'on partage ensuite. En la consommant ensemble, les deux familles deviennent une seule tablée. C'est sans doute le symbole le plus simple et le plus fort du repas coutumier : on ne mange pas chacun de son côté.

Le sel, partout

Le sel apparaît dans presque toutes les listes, en sac. Il dit la saveur que l'épouse apporte au foyer et le souhait que l'entente entre les familles ne perde jamais son goût. Autrefois, chez les Fang, le sel faisait partie de ce que l'on offrait à la belle-mère.

Les boissons qui bénissent

Certaines boissons ont une fonction qui dépasse largement la fête.

  • Le vin de palme accompagne de nombreux moments. Chez les Vili, il fait partie des boissons apportées dès la première visite. Chez les Punu, la bénédiction finale se fait au vin de palme : le père de la mariée en pulvérise de sa bouche sur les mariés.
  • Le vin de miel, l'ekombe, est servi aux moments forts de la cérémonie myènè. Le miel évoque la douceur souhaitée au couple.
  • Les boissons « de la dot », whisky, rhum, liqueurs, vin rouge, bière et sodas, sont présentées, comptées et jugées par la famille d'accueil avant d'être partagées.

Si votre tradition prévoit du vin de palme ou du vin de miel, ne le remplacez pas par une bouteille du supermarché sans en parler aux aînés. Ces boissons ont un sens, et leur absence peut être remarquée.

Les mets qui font entrer la mariée

Plusieurs traditions confient à la nourriture un rôle rituel précis au moment où la mariée rejoint sa nouvelle famille.

Chez les Fang, lors du yala, l'épouse est accompagnée chez son mari et un banquet d'intégration est organisé. La belle-famille offre en retour des poules et des canards, ainsi que des mets nuptiaux préparés par la mère de la mariée, l'un à base de concombre, l'autre d'arachide. Leur dégustation honore la belle-mère d'un versement symbolique.

Chez les Akélé, la famille de la jeune femme prépare des mets à base de mouton et de poule. Une petite part de chaque plat est déposée sur les cendres d'un foyer, et la mariée, assise sur une grosse pierre, mange la nourriture préparée par les siens. C'est le rite par lequel on « fait asseoir la femme ».

Chez les Vili, le jour où la jeune femme entre chez son mari, ses parents apportent le tchikadu : des nattes, du manioc, un poulet rôti, des paniers de manioc accompagnés de poulets et de poissons fumés, pour que le jeune couple ne manque de rien.

Dans ces trois cas, la nourriture vient de la famille de la mariée. Elle dit qu'elle ne quitte pas les siens dans la rupture, mais avec leur bénédiction et leurs provisions.

Le repas de fête

Une fois la dot conclue, vient le repas partagé. On y retrouve les plats que les familles gabonaises servent aux grandes occasions : poulet, poissons, viandes en sauce, plats aux feuilles de manioc ou à la sauce nyembwe, accompagnés de manioc, de banane plantain ou de riz. Le menu dépend des familles, des régions et du budget ; il n'existe pas de liste imposée.

Dans le sud, chez les Punu, le repas partagé s'accompagne des conseils des anciens et de la bénédiction. Dans beaucoup de familles, l'ordre de service compte autant que le contenu : on sert d'abord les aînés, les orateurs et les invités d'honneur.

Organiser le repas sans s'épuiser

Le repas est souvent l'un des postes les plus lourds d'une dot, en argent comme en énergie. Quelques conseils :

  • Décidez tôt qui prépare quoi : une partie en famille, une partie chez un traiteur, ou tout chez un traiteur. Chaque option a ses avantages, mais l'improvisation de dernière minute épuise les cuisinières.
  • Distinguez les vivres de la dot des vivres de la fête. Les premiers sont présentés et remis ; les seconds sont servis. Les confondre crée des malentendus et des manques.
  • Comptez large. Une dot attire souvent plus de monde que prévu, et un repas qui manque laisse un mauvais souvenir.
  • Prévoyez des contenants et des emballages : il arrive que des parts soient emportées par les familles.
  • Pensez aux contraintes : enfants, personnes âgées, régimes alimentaires. Un plat simple, sans piment, rend service.
  • Nommez une personne chargée de servir les aînés et les orateurs en priorité, pour qu'ils ne restent pas oubliés au milieu de l'agitation.

L'esprit de la table

Le repas coutumier n'est pas un buffet de réception comme les autres. Il est l'aboutissement d'une journée où deux familles se sont jaugées, taquinées, puis acceptées. Manger ensemble est la dernière étape de cette rencontre. Que la table soit somptueuse ou modeste importe moins que ceci : que chacun y ait sa place, et que personne ne reparte le ventre vide.

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