Comprendre

Se marier « au pays » quand on vit à Paris ou à Montréal

· 5 min de lecture

Pour les couples de la diaspora, la dot est souvent bien plus qu'une cérémonie : un retour aux sources, une façon de rassurer les parents, de transmettre aux enfants. Ce qu'elle engage, et les pièges à éviter.

WhatsApp
Sommaire · 7 parties

Ils vivent à Paris, à Lyon, à Bruxelles ou à Montréal. Ils se sont rencontrés à l'université, au travail, parfois loin de tout réseau gabonais. Et un jour, au moment de se marier, la même évidence s'impose : il faudra faire la dot, et la faire au pays. Pour beaucoup de couples de la diaspora, ce choix ne se discute même pas. Il n'en est pas moins chargé de questions.

L'organisation pratique d'une dot à distance est traitée dans d'autres articles du site. Celui-ci s'intéresse au sens : pourquoi tant de couples installés à l'étranger y tiennent, et ce que cela engage.

Un retour aux sources

Pour un Gabonais né ou installé à l'étranger, la dot est souvent l'un des rares moments où l'on renoue avec toute sa famille d'un coup. On y retrouve des oncles qu'on n'a pas vus depuis l'enfance, on entend parler sa langue, on découvre le nom de son clan, l'histoire de ses aînés, parfois des cousins dont on ignorait l'existence.

Beaucoup de couples le vivent comme une forme de réconciliation avec une part d'eux-mêmes qu'ils avaient laissée en veille. Ce n'est pas un hasard si les discussions en ligne sur la dot se remplissent de messages de jeunes de la diaspora qui demandent comment on fait, ce que signifie tel geste, qui il faut approcher en premier. La dot oblige à apprendre, et cet apprentissage a de la valeur en soi.

Rassurer les parents

Pour les parents restés au pays, ou installés à l'étranger depuis une génération, la dot de leur enfant est souvent un moment attendu depuis longtemps. Elle prouve que, malgré la distance, l'enfant n'a pas oublié d'où il vient. Elle permet aussi à la famille élargie de reconnaître publiquement le couple, et de compter le conjoint parmi les siens.

Ce besoin de reconnaissance est réel, et il pèse. Certains couples confient qu'ils auraient volontiers fait une cérémonie plus simple, mais qu'ils ne voulaient pas priver leurs parents de ce moment. Ce n'est pas une faiblesse : c'est une manière d'honorer ceux qui les ont élevés.

Transmettre aux enfants

La question des enfants revient très souvent chez les couples de la diaspora. Comment transmettre une culture à des enfants qui grandiront à Paris ou à Montréal, qui parleront peut-être peu ou pas la langue de leurs parents ? Le mariage coutumier fait partie de la réponse.

D'abord parce qu'il rattache les futurs enfants à des lignages, avec des oncles, des tantes et des grands-parents identifiés. Ensuite parce qu'il laisse des images, des récits et des objets : la photo de l'enclume qui tombe, le pagne des deux familles, le discours de l'orateur. Autant de traces qui permettront, plus tard, d'expliquer aux enfants d'où ils viennent.

Le piège de la « diaspora riche »

Il y a cependant un revers. Vu du pays, un couple qui vit en Europe ou au Canada est souvent perçu comme aisé, quelle que soit sa situation réelle. Les listes de dot peuvent alors gonfler, les attentes se multiplier, chaque branche de la famille espérer sa part.

Ce phénomène n'est pas propre au Gabon. Une étude de l'université de Portsmouth consacrée aux Zimbabwéens installés au Royaume-Uni observait que les attentes autour de la dot s'étaient intensifiées avec les migrations, et que les familles de la diaspora faisaient souvent face aux montants les plus élevés.

Pour éviter que la dot devienne une source de tensions, quelques réflexes aident :

  • Soyez transparents avec vos familles sur votre budget réel. Un loyer parisien et un salaire en euros ne font pas forcément un couple riche.
  • Confiez la négociation à un aîné de confiance, sur place, qui connaît à la fois votre situation et les usages de la famille.
  • Distinguez les éléments symboliques, auxquels vous tenez, des dépenses qui relèvent surtout de l'apparence.
  • Prévoyez le coût du voyage et du séjour dans votre budget global : il pèse souvent autant que la dot elle-même.

Quand le conjoint n'est pas Gabonais

Dans la diaspora, beaucoup de couples sont mixtes : un Gabonais et une Française, une Gabonaise et un Camerounais, un Gabonais et une Canadienne. Pour le conjoint étranger, la dot au pays est souvent une découverte, parfois une épreuve. Il ne connaît ni la langue, ni les codes, ni les personnes.

C'est l'occasion de lui faire une vraie place : lui expliquer les étapes avant le voyage, lui présenter les aînés, lui donner un rôle dans la cérémonie. Bien accueilli, ce moment devient souvent celui où il comprend vraiment la famille dans laquelle il entre. Nous consacrons un article entier à la manière dont la coutume accueille un conjoint étranger.

Ne pas oublier le mariage civil

Un point pratique, mais essentiel : le mariage coutumier n'a pas de valeur légale au Gabon, et il n'en a pas davantage dans votre pays de résidence. Pour être protégés juridiquement, en France, en Belgique, au Canada ou au Gabon, vous aurez besoin d'un mariage civil. Renseignez-vous auprès de la mairie de votre lieu de résidence, ou du consulat, sur les démarches et sur la reconnaissance de ce mariage dans l'autre pays.

Faire la dot à sa façon

Se marier au pays quand on vit ailleurs, c'est accepter de jouer selon des règles qu'on ne maîtrise pas toujours. C'est aussi l'occasion d'y apporter quelque chose : une organisation plus rigoureuse, des photos et des vidéos qui seront partagées avec ceux qui n'ont pas pu venir, une façon nouvelle de raconter la cérémonie à ses enfants.

Ce que la coutume demande, au fond, ce n'est pas d'avoir grandi au village. C'est de venir, de saluer les aînés, de demander avec respect et d'écouter. Cela, on peut le faire depuis n'importe quel endroit du monde.

Cet article peut aider un proche ? Partagez-le.

WhatsApp

À lire aussi

Tous les articles « Comprendre »